Dans le secteur de l’externalisation de la collecte des demandes de visa, les exigences en matière de protection des données sont profondément transformées par les dernières avancées technologiques, les possibilités offertes par l’intelligence artificielle et l’adaptation des cadres réglementaires aux nouvelles capacités numériques. Dans un domaine étroitement lié à la sécurité nationale et intérieure, où les organisations traitent des données extrêmement sensibles – biographiques, biométriques et sur les déplacements des voyageurs – ces évolutions renforcent les attentes en matière de sécurité, de conformité et de résilience opérationnelle.
Convergence de la protection des données et de la cybersécurité
Les données personnelles deviennent de plus en plus numériques. Le secteur du voyage et les procédures de contrôle aux frontières reposent désormais largement sur l’enregistrement et la vérification d’identité par voie électronique. Un exemple est le système d’entrée/sortie (EES) de l’Union européenne, introduit en octobre 2025, qui permet l’enregistrement électronique systématique des voyageurs non européens qui entrent dans l’espace Schengen pour un séjour de courte durée. Par ailleurs, les procédures de demande de visa elles-mêmes se numérisent de plus en plus, avec des formulaires en ligne, le dépôt électronique des documents justificatifs et, dans certains cas, l’enrôlement biométrique à distance.
Lire notre article La transformation digitale dans la collecte des demandes de visa
Avec cette digitalisation accrue, de nouvelles exigences s’imposent en matière de gestion des données et de cybersécurité. La sécurité des infrastructures qui sous-tendent le traitement des demandes de visa devient un élément central de la conformité juridique et de l’intégrité opérationnelle.
Dans ce contexte, la maturité des organisations en matière de cybersécurité constitue un facteur clé de différenciation. Pour formaliser ce niveau de maturité, un système structuré pour la gestion de la sécurité de l’information est indispensable. Les certifications ISO telles que l’ISO 27001 pour la sécurité de l’information et l’ISO 27701 pour la protection de la vie privée – délivrées par un organisme de certification reconnu et accrédité au niveau international – apportent une assurance indépendante que les contrôles, les cadres de gouvernance et les processus opérationnels répondent à des normes internationalement reconnues.
Une notation Bitsight élevée constitue également un gage important de performance, apportant une preuve indépendante de la posture de cybersécurité réelle d’une organisation. Les scores actuellement atteignables se situent entre 300 et 820 (le score de TLScontact est de 800, ce qui la place parmi les meilleurs du secteur), et un score élevé reflète la maturité des pratiques d’une organisation en matière de gestion des risques cyber. Il témoigne non seulement de cycles rigoureux de remédiation des vulnérabilités et d’un renforcement continu des défenses réseau, mais aussi de la capacité de l’organisation à anticiper, contenir et gérer efficacement les incidents. Dans un environnement hautement réglementé comme l’externalisation des demandes de visa, où la continuité opérationnelle et la confiance sont essentielles, un score BitSight solide constitue une garantie supplémentaire pour les gouvernements et démontre l’engagement de l’organisation envers une cyber‑résilience mesurable et vérifiable.
Conformité au RGPD européen et aux lois locales sur la protection des données
Le débat public s’intensifie autour de l’accès des gouvernements aux données personnelles, des bases de données biométriques et du partage international des données. Pour des organisations comme les sociétés d’externalisation dans le domaine des visas, qui opèrent dans plusieurs juridictions, cela implique une double exigence :
- respecter les normes strictes du RGPD lors du traitement de données pour le compte des autorités européennes ;
- se conformer aux législations locales en matière de protection des données dans les pays où les données personnelles sont collectées.
Dans ces juridictions, les organisations sont souvent tenues de s’appuyer sur le consentement explicite pour la collecte des données, même lorsque celui-ci n’est pas toujours la base la plus efficace sur le plan opérationnel ou la plus appropriée sur le plan conceptuel pour des processus fortement réglementés et axés sur la sécurité. Cette dépendance au consentement, dans des contextes administratifs où les individus disposent de marges de choix limitées, peut légitimement soulever des interrogations quant à la réelle liberté et au caractère volontaire de ce consentement.
Ce contexte requiert une gouvernance juridique solide, une évaluation rigoureuse des flux de données transfrontaliers et des structures contractuelles qui garantissent l’alignement entre les exigences réglementaires européennes et locales.
Gouvernance de l’IA : une question de protection des données, pas seulement de technologie
La réglementation européenne se durcit, face à l’adoption par de plus en plus d’organisations de nouvelles solutions fondées sur l’IA, notamment pour le support client, le tri des documents justificatifs, la détection de la fraude ou l’assurance qualité. Le règlement européen sur l’IA (AI Act), entré en vigueur le 1er août 2024, a renforcé les attentes en matière de :
- minimisation des données et collecte des données dans le respect des lois en vigueur ;
- exigences de transparence et d’explicabilité ;
- supervision humaine des processus de prise de décision automatisés ;
- analyse des risques pour les systèmes d’IA les plus sensibles, en particulier pour les procédures de contrôle des frontières.
Pour les sociétés d’externalisation, il est essentiel de mettre en place un cadre solide de gouvernance des données avant de déployer toute solution intégrant de l’IA. Des politiques claires relatives à la collecte des données, aux contrôles d’accès, à la conservation et à la suppression des données doivent être définies, accompagnées d’une analyse des risques approfondie et de modalités claires de supervision humaine pour tout processus décisionnel assisté par l’IA.
Lire notre article : IA et cybersécurité : une nouvelle ère pour les services de visa externalisés
Importance de la protection de la vie privée et de la sécurité dès la conception
Les organisations doivent répondre à ces enjeux en intégrant les principes du RGPD de « protection de la vie privée et de la sécurité dès la conception » dans le développement et l’exécution de leurs services :
- ne collecter que les données strictement nécessaires,
- limiter les accès selon les rôles,
- chiffrer les données de bout en bout,
- renforcer le contrôle des fournisseurs et
- appliquer, lorsque cela est possible, des techniques de protection de la vie privée.
Pour les sociétés d’externalisation, les évolutions exposées dans cet article ne se limitent pas à la satisfaction des exigences réglementaires. Elles traduisent un mouvement plus large vers une plus grande responsabilité, une meilleure résilience opérationnelle et une transparence accrue tout au long du parcours de demande de visa. En alignant de manière proactive les pratiques de protection des données, de cybersécurité et de gouvernance des données, les prestataires peuvent bâtir une relation de confiance avec les demandeurs de visa, les gouvernements et l’ensemble des parties prenantes. Ils peuvent se positionner ainsi comme des partenaires fiables, qui anticipent les futures évolutions, dans un secteur du voyage et de la gestion de l’identité de plus en plus digital.
En définitive, alors que la Semaine de la protection des données nous invite à réaffirmer l’importance d’une gestion responsable des données, notre engagement reste clair : allier rigueur juridique, innovation technologique et intégrité opérationnelle, pour fournir des services à la fois sécurisés et centrés sur l’humain, dans un monde toujours plus complexe et interconnecté.
Article écrit par Aurélie Naudé,
Directrice juridique et conformité